04/05/2026
# Formaliser pour financer : d'Abidjan à Kinshasa, l'Afrique en quête de leviers souverains
Semaine du 28 avril au 4 mai 2026 | ACT Afrique
---
Trois signaux, une même question
Du 28 avril au 1er mai 2026, pendant que la CEDEAO tenait à Abidjan cinq réunions stratégiques en partenariat avec l'OCDE, la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) se présentait devant 120 investisseurs au Nasdaq à New York, et la République démocratique du Congo annonçait la création d'une Garde minière de 20 000 agents dotée de 100 millions de dollars. Trois événements en apparence disparates, un seul défi de fond : comment transformer des richesses existantes en leviers formels et souverains de développement ?
Abidjan : le marché commun face à ses 85 %
Les réunions CEDEAO-OCDE autour du marché commun alimentaire ont posé un chiffre brutal sur la table : 10 milliards de dollars d'échanges alimentaires intrarégionaux, dont 85 % dans l'économie informelle. Cinquante ans après sa création, la CEDEAO se retrouve à négocier avec sa propre informalité. Les chantiers engagés — harmonisation des règlements, protection des consommateurs, facilitation de la libre circulation — sont techniquement solides. Ils accrochent sur la même limite : la volonté et la capacité d'exécution des États membres.
De New York à Yaoundé : les bourses régionales cherchent leur profondeur
À New York, Edoh Kossi Amenounve, directeur général de la BRVM, a présenté un plan stratégique 2026-2030 ambitieux — ETF, dérivés, indice ESG, lancement d'une bourse des matières premières agricoles — devant une capitalisation affichée de 40 milliards de dollars. Le message est clair : la BRVM veut être une plateforme de classe mondiale, pas une curiosité régionale.
À Yaoundé, le COLFINI 2 (24 avril) achevait de son côté une feuille de route pour faire de la BVMAC un moteur de financement des infrastructures CEMAC, en misant sur la blockchain, la tokenisation et le mobile money. Même frustration sous-jacente dans les deux zones : une épargne locale substantielle qui, faute d'instruments et de confiance institutionnelle, s'oriente vers l'extérieur ou reste dans l'informel.
Kinshasa sécurise sa chaîne minière
Le 27 avril, l'Inspection générale des mines annonçait la Garde minière — unité paramilitaire déployée sur 22 provinces, financée par des partenariats avec les États-Unis et les Émirats arabes unis. Dans un contexte où cobalt, coltan et lithium congolais sont au cœur des tensions autour de la transition énergétique mondiale, le signal envoyé est délibéré : Kinshasa veut une chaîne d'approvisionnement traçable, et négocier en position de force. L'approche paramilitaire sera scrutée. L'intention, elle, est lisible.
La vraie question
Ces trois événements convergent vers un même pari : la formalisation comme condition de la souveraineté économique. Le pari est juste. Il achoppe sur une réalité têtue — dans les deux zones, les ambitions institutionnelles précèdent régulièrement les capacités d'exécution. La vraie question n'est pas de savoir si ces initiatives sont bien conçues. C'est de savoir qui, dans l'intervalle, aura su se positionner du bon côté de la transition.
---
ACT Afrique — Conseil, Analyse, Transformation