20/05/2026
Il y a des carrières qui ne se racontent pas en ligne droite. Elles s’écrivent par à-coups, avec des saisons qui laissent des cicatrices et d’autres qui dessinent des sourires. Celle de Guilhem Guirado ressemble un peu à ça : une trajectoire qui sent la terre catalane, le cuir usé des ballons d’entraînement et la fierté têtue d’un homme qui n’a jamais triché.
On aime dire que tout a commencé à Perpignan, mais en réalité, l’histoire s’est amorcée bien plus tôt, sur les terrains discrets d’Arles-sur-Tech, où un gamin aux épaules solides apprenait déjà à plaquer comme si la vie en dépendait. En 2005, quand il passe professionnel avec l’USAP, rien n’est encore acquis. Pourtant, un an plus t**d, il porte déjà le maillot des U21 français, droit dans les yeux d’un Mondial junior que les Bleus perdront seulement en finale face à l’Afrique du Sud.
2009 deviendra sa première grande secousse d’adulte : un Bouclier de Brennus soulevé dans un stade en feu, sous un ciel catalan qui vibrait encore de l’accent des anciens. Un titre arraché à Clermont, 22–13. L’année suivante, rebelote, mais cette fois l’histoire se retourne. La défaite fait mal, mais elle forge. Comme toujours.
Sa régularité finit par pousser les portes du XV de France. Le 9 mars 2008, il entre en jeu face à l’Italie. Première cape. Premier frisson. Puis le temps passe, et le poste de talonneur titulaire finit par devenir le sien. Un rôle discret, exigeant, pas exactement glamour… mais terriblement essentiel. Et Guirado, lui, a toujours préféré l’ombre aux projecteurs.
La Coupe du monde 2011 ? Un souvenir étrange : un groupe qui frôle l’exploit, une finale perdue contre les All Blacks, et lui qui n’entre qu’une seule fois sur la pelouse, face au Canada. Même en marge, il reste droit, fidèle, silencieusement appliqué.
Lorsque Perpignan descend, en 2013, il fait ses valises pour Toulon. Loin du cocon, il arrive dans un club de géants, champion de France et d’Europe. Mais rien ne l’effraie. Dès 2014, il s’impose aussi en Bleu, titulaire durant toute la tournée en Australie. Toulon lui offre un titre européen supplémentaire en 2015, et les responsabilités s’alourdissent.
Puis arrive cette année charnière : 2015. Guy Novès le nomme capitaine. On dit alors que l’équipe n’est plus la même, qu’elle recommence à respirer, à oser. Guirado montre l’exemple, sans grimaces ni grands discours. Juste le travail, la rigueur, la sueur. La presse salue son professionnalisme, Novès parle de lui comme d’un capitaine “jusqu’au bout”, presque un frère d’âme.
La Coupe du monde 2015, elle, laisse une cicatrice immense. Un quart de finale cauchemardesque, 62–13 contre la Nouvelle-Zélande. Une défaite qui marque une génération. Mais Guirado ne plie pas. Il continue d’avancer, de tenir le rôle, de porter ce maillot parfois si lourd.
Après Toulon, Montpellier devient sa dernière terre d’accueil. Une fin de carrière en crescendo : une Challenge Cup en 2021, un Top 14 en 2022, comme un bouquet final pour un homme qui n’avait jamais rien demandé, sinon de rester digne.
En 2022, il tire sa révérence internationale. Le corps accepte mal, mais le cœur, lui, restera toujours Bleu.
Catalan par le sang, français par le devoir, Guirado laisse derrière lui l’image d’un capitaine entier, d’un homme qui ne parlait pas trop mais qui, chaque fois qu’il baissait la tête pour entrer dans une mêlée, donnait absolument tout.
̧aise