03/01/2023
Immobilier : retournement des prix, gentrification, télétravail… comment le marché a évolué en 2022
Selon le réseau Century 21, le nombre de transactions immobilières a reculé de plus de 4 % l’an dernier. Si les prix ont atteint un record historique durant l’été, ils ont commencé à décroître au second semestre, et pourraient décliner de 5 à 10 % en 2023.
Cette fois, le mot est lâché. Le président du Century 21 en France, Charles Marinakis, a bien constaté « un retournement du marché » immobilier en 2022. Jusqu’à présent, le Conseil supérieur du notariat n’évoquait qu’« un atterrissage » ou un « ralentissement de la hausse des prix de l’immobilier ».
Premier réseau d’agences en nombre de transactions, l’enseigne Century 21 a publié, mardi 3 janvier, un bilan de l’activité 2022, marqué par une baisse de 4,1 % de l’activité immobilière, « conséquence d’un ralentissement très affirmé du marché des maisons (– 8,2 %) », alors que celles-ci avaient été particulièrement prisées dans la foulée des confinements liés à la crise sanitaire.
Quant au prix moyen au mètre carré, il a progressé de 4 % en France pour les appartements (4 288 euros le mètre carré) et de 7,1 % pour les maisons (2 619 euros le mètre carré), sur l’ensemble de l’année, atteignant ainsi un record historique. Un pic a toutefois été atteint à l’été, et les prix ont « commencé à décroître au second semestre », souligne Century 21. A Paris, ils ont même reculé de 2,4 % en 2022, par rapport à 2021. Le prix moyen au mètre carré est ainsi passé sous le seuil symbolique des 10 000 euros, en septembre, puis de nouveau en novembre.
Cette baisse de régime se reflète dans la distribution des crédits à l’habitat. La Banque de France, dans un communiqué publié le 28 décembre 2022, a noté au second semestre un « ralentissement relatif », qui « marque une certaine normalisation de l’offre de prêts immobiliers, après la croissance exceptionnelle entraînée ces dernières années par le niveau très bas des taux d’intérêt ».
Une parenthèse refermée. Les taux de crédit immobilier aux particuliers ont plus que doublé en un an, passant de 1,06 % en novembre 2021 à 2,25 % en novembre 2022, d’après l’Observatoire crédit logement CSA. Les établissements répercutent le resserrement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), par le biais d’une hausse de son taux directeur afin de combattre l’inflation.
Cette remontée des taux d’intérêt, combinée à la forte poussée de l’inflation, à l’œuvre depuis le début de 2022, et renforcée par la guerre en Ukraine, a limité les marges d’endettement des ménages et explique en large partie l’essoufflement actuel des prix.
Allongement des délais de vente
A Paris, ce coup de frein s’illustre également par un allongement des délais de vente des appartements (entre le moment où l’agence reçoit le mandat de vente et la signature du compromis), « car les vendeurs n’acceptent pas de revoir leur prix à la baisse du jour au lendemain », souligne un agent immobilier. Ces délais s’établissent désormais à des niveaux « historiquement hauts », à quatre-vingts jours en 2022 dans la capitale (contre cinquante-sept jours en 2017 ou quarante-quatre jours en 2011).
Dans l’environnement économique actuel, les prix devraient donc continuer à s’ajuster en 2023. « Ils ne vont pas plonger, mais devraient reculer tranquillement », estime Charles Marinakis, qui table sur une baisse comprise entre 5 % et 10 % cette année, et sur une stabilisation dans la capitale, « autour de 10 000 euros le mètre carré, ce qui devrait d’ailleurs redynamiser le marché, notamment dans la perspective des Jeux olympiques ».
Le réseau immobilier précise, dans son bilan annuel, que les transactions à Paris ont concerné, dans six cas sur dix, l’achat d’une résidence principale, les investissements locatifs (30 % des acquisitions) étant en recul de plus de 10 % par rapport à 2021. « Cette baisse s’explique par la hausse des taux d’intérêt, par l’encadrement des loyers, mais aussi par l’obligation de réaliser des travaux dans les passoires thermiques pour pouvoir continuer à louer, ce qui n’est pas toujours facile à Paris, analyse M. Marinakis. La forte hausse de la taxe foncière va également jouer à l’avenir. »
A rebours de ce mouvement parisien, la part des investissements locatifs n’a cessé de progresser en Ile-de-France, où elle est passée de 12 %, au milieu de la décennie 2010, à près de 26 % des transactions, en 2022. Dans les Hauts-de-Seine, plus de 29 % des achats immobiliers, en 2022, ont constitué un investissement locatif, une proportion en hausse de 22 % sur un an.
Les chiffres 2022 confirment également la gentrification de l’ancienne « ceinture rouge » de Paris et de ses communes autrefois ouvrières. Les prix des maisons ont notamment augmenté de plus de 2 % en Seine-Saint-Denis (ils restent toutefois peu élevés, à 3 800 euros le mètre carré), alors que la tendance est à la baisse dans les Hauts-de-Seine (− 6 %, à 6 600 euros le mètre carré). En Seine-Saint-Denis, 13 % des acheteurs de 2022 étaient des cadres supérieurs-professions libérales, contre 8 % en 2021. Saint-Ouen, désormais desservie par la ligne de métro 14 (qui place la ville à moins d’un quart d’heure du centre de Paris), et qui va accueillir une partie du village olympique de Paris 2024, est devenue particulièrement attrayante.
Également attrayante, la ville de Chartres, à une heure de TER de la gare Paris-Montparnasse. Le nombre de transactions y a bondi de 23 % en 2022, ainsi que le prix des maisons (+ 16 %) et des appartements (+ 10 %). Plus globalement, les départements au sud-ouest de la capitale, accessibles en peu ou prou une heure de train, ont enregistré des hausses notables de prix, qu’il s’agisse de l’Indre-et-Loire (+ 13 %), du Loiret (+ 10 %) ou de l’Eure-et-Loir (+ 9 %). « Cela s’explique par la migration géographique post-Covid-19, et par l’émergence du télétravail, qui a éloigné une partie des Français du centre des métropoles », indique Charles Marinakis.
L’édition 2022 du baromètre des Franciliens, que vient de publier l’Institut Paris Région, révèle que 43 % des actifs habitant l’Ile-de-France ont eu régulièrement recours au télétravail en 2022 (deux ou trois jours par semaine pour la moitié d’entre eux, et même quatre ou cinq jours pour 15 % des télétravailleurs).
Agent immobilier Century 21 à Chartres, Nicolas Maitrejean précise que « 20 % de la demande provient aujourd’hui encore de Franciliens, c’est deux fois plus qu’avant le Covid. Des gens qui télétravaillent et font la navette. Ou qui changent de vie ».
Véronique Chocron pour Le Monde – 03/01/2023