03/02/2024
Le dernier chapitre. Extrait.
La fin de l’année scolaire venait de se terminer et ça sentait bon les vacances. Pour le moment, ma seule obsession était de rentrer au pays, retrouver notre famille et accompagner mon fils aux portes de son nouvel établissement scolaire. Dans la voiture qui nous ramenait à notre appartement dans la banlieue d’Abidjan, j'observais le cœur serré cet homme qui, durant vingt-trois ans, partagea bon gré mal gré mon quotidien professionnel et, parfois comme aujourd’hui, davantage. Sur le siège passager avant, à côté du chauffeur, un musulman accompli, le directeur de l’école s’adressait à mon fils avec désinvolture sur un ton égrillard :
« Tu vas en France, le vieux va te fo**re enfin la paix, tu vas faire la connaissance des petites françaises là-bas, n’oublie pas les capotes.»
Le rustaud éclata de rire pour enchaîner sur ce que la bienséance m’interdit ici de dévoiler. Le chauffeur, discrètement, dans une gêne non dissimulée, observait dans le rétroviseur sur le siège arrière mon fils embarrassé, silencieux, souhaitant en secret la fin du supplice. À dix-sept ans, Vincent abordait avec pudeur ce que ce vieux briscard étalait en toute impudicité. Fidèle à lui-même, dans un monologue ininterrompu, le responsable de l’école continua ses gauloiseries jusqu’à notre domicile. Embarrassé, le chauffeur eut une moue compatissante, nous descendîmes saluant avec soulagement ce phénomène de foire décidément incorrigible.
Nos valises attendaient depuis plusieurs semaines dans le hall d’entrée de notre studio, nous les faisions, défaisions, au gré de nos humeurs. Le baccalauréat en poche en ce début du mois de juillet 2023, Vincent boucla sa valise une dernière fois, laissant derrière lui dix-huit années de travail, de sacrifice, dix-huit années de patience enfin récompensées.
À la descente de l’avion, après un vol au timing fantaisiste, je pouvais contempler avec joie se dessiner sur le visage de mon enfant un sourire radieux, le témoin de tout ce bonheur qui nous était offert.
« Bonne arrivée chez toi, mon fils, bonne arrivée en France. »