15/08/2025
Pour avoir demandé à des jeunes d’arrêter de fumer de la drogue dans la cour de l’école, monsieur Prao Kouaou John Alex, instituteur à Daloa, a été violemment battu. Les coups étaient si graves qu’il s’est effondré, inconscient, baignant dans son sang avec des convulsions. Transporté d’urgence à l’hôpital, il est malheureusement décédé ce jeudi 14 août 2025.
Un homme est mort juste pour avoir rappelé que l'école est un sanctuaire, quelle indignation !!!
Ce drame ne pose pas seulement un problème de sécurité, il révèle l’état inquiétant de notre société.
Ce qui s'est passé dans la tête de ces jeunes, c'est qu'ils se sont dit "pour qui il se prend pour nous dire ce qu'on doit faire" et ceci émane de la baisse du prestige qui était autrefois rattaché à la fonction d’enseignant.
Aujourd’hui, on respecte encore le gendarme par peur de la sanction, mais on ne respecte plus toujours l’enseignant par reconnaissance de sa mission. Comme quoi, quand la force remplace l’autorité morale, la société n’obéit plus qu’à la menace.
Il est temps qu'on se redise les choses sans filtre face à l’effritement du contrat moral autour du personnel éducatif. L’école est l’espace où une génération transmet à l’autre ce qui vaut la peine d’être vécu. Si ce lieu n’est plus sacré, rien ne l’est.
De ce fait, le respect de l’enseignant n’est pas un privilège corporatiste, c’est une condition essentielle à toute société civilisée. La première sécurité d’un peuple ne vient pas de ses uniformes, mais du respect spontané accordé à ceux qui instruisent ses enfants.
Et quand un enseignant peut être frappé à mort sans que cela provoque une indignation massive, c’est le signe que l’indifférence est en train de gagner. Quand la honte devient spectacle et que l’indignation se limite à un simple partage, la barbarie gagne du terrain sans faire de bruit. Surtout ne nous trompons pas, ce n’est pas un cas isolé. Des enseignants sont insultés, menacés, frappés chaque jour. La différence, c’est que cette fois, il y a eu mort. Si nous restons silencieux, demain, ce sera un autre, puis un autre, jusqu’à ce que plus personne n’ose défendre ce qui est juste.
Le moment est venu de nous lever comme un seul homme. Pas seulement pour exiger justice pour notre collègue, mais pour dire haut et fort que l’honneur et la sécurité des enseignants sont non négociables. Ce drame ne doit pas devenir une ligne de plus dans l’actualité vite oubliée, il doit être un tournant. Parce que si nous laissons passer cela, nous acceptons que l’école devienne une zone de non-droit, et nous condamnons notre propre avenir.
Chaque silence, chaque relativisation, chaque "ce n’est pas si grave" apprend à la violence qu’elle peut revenir.
Prao Kouaou John Alex a été tué, c'est un sacrilège social qui révèle avec cruauté la faiblesse du pouvoir de l'enseignant dans la sphère étatique.
Alors posons cette pierre dure dans nos consciences, un pays qui ne protège pas ses maîtres se condamne à devenir l’élève docile de la violence.
Repose en paix, cher héros. Ta mort nous oblige à crier plus fort, à penser plus juste et à tenir plus ferme.
Lébradassou Réguédé
Tu lis ceci, tu découvres comme si...