02/27/2025
Mark Carney et la course (très) encadrée à la chefferie du Parti libéral
Le dernier débat du Parti libéral du Canada a offert un spectacle pour le moins pénible : un affrontement où les adversaires ne semblaient pas vraiment en compétition. À l’image d’une pièce de théâtre bien répétée, chacun jouait son rôle sans jamais trop bousculer l’autre. Et au centre de cette mise en scène ? Mark Carney, candidat quasi désigné, et Chrystia Freeland, sa « rivale », qui semblait plutôt être son assistante.
Un débat… ou une répétition générale ?
Les débats politiques sont censés être un moment clé pour voir les différences entre les candidats, pour tester leurs idées et leur capacité à défendre une vision. Or, lundi soir, on était bien loin d’un affrontement.
Plutôt que de mettre Carney en difficulté, Chrystia Freeland lui a tendu la main à plusieurs reprises, l’aidant même à clarifier certaines de ses réponses. Un geste surprenant, voire choquant, quand on se rappelle qu’ils sont censés être en compétition pour le leadership du parti. N'oublions pas que M. Carney est le parrain d'un des enfants de Chrystia Freeland.
Cela soulève une question simple : est-ce vraiment une course ouverte, ou assiste-t-on plutôt à une transition soigneusement orchestrée où Carney est poussé vers la victoire avec le soutien des élites du parti ?
Un favori trop bien placé
Depuis le début, Mark Carney est présenté comme le favori. Ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre, il a le profil parfait pour rassurer les milieux d’affaires et l’establishment libéral. Pourtant, son expérience en politique est mince. Il n’a jamais été élu, n’a jamais fait campagne auprès des citoyens et n’a jamais eu à défendre un bilan devant des électeurs.
Et pourtant, le voilà propulsé au sommet de la course, avec un programme ambitieux, mais flou : équilibrer le budget en trois ans sans hausse d’impôts ni coupes budgétaires, bâtir 4 millions de logements sans dire comment il compte former les travailleurs nécessaires, faire du Canada une superpuissance énergétique sans expliquer comment il surmontera les obstacles réglementaires et économiques. Rappelons qu'il souhaite augmenter les dépenses militaires puisqu'une invasion des USA est possible à partir de l'Alaska et qu'on doit se protéger comme un de nos plus grand alliés internationalement parlant.
Normalement, dans un débat, ces contradictions devraient être mises en lumière par les autres candidats. Mais ici, tout semble fait pour protéger Carney, éviter qu’il ne soit mis en difficulté et lui permettre de dérouler son discours sans entrave.
Une course à une seule issue ?
Le Parti libéral aime se présenter comme un parti progressiste et démocratique, où les idées se confrontent et où les membres choisissent librement leur chef. Mais ce que l’on voit aujourd’hui ressemble davantage à une succession planifiée, où un candidat est poussé en avant pendant que les autres font office de figurants.
Le 9 mars, les membres du Parti libéral voteront. Officiellement, rien n’est joué. Mais avec un débat aussi contrôlé et une opposition aussi discrète, on peut se demander si ce vote n’est pas qu’une formalité pour confirmer une décision déjà prise en coulisses.
Après tout, si même ses adversaires l’aident à s’exprimer, comment croire que Mark Carney n’était pas destiné à gagner depuis le début ?
En commentaire une vidéo très pertinente de Carney qui explique ce qu'il veut faire, mais sans donner d'information sur comment.