13/05/2026
Question : « Quel est votre commentaire sur le débat concernant la qualité et la valeur des diplômes guinéens ? »
Ma réponse : Je ne souscris pas à la thèse selon laquelle les diplômés guinéens ne seraient plus performants. Je soutiens plutôt que les diplômés guinéens ne bénéficient pas de suffisamment d’opportunités pour se développer rapidement après leurs études. Un diplômé guinéen typique est tout aussi capable que n’importe quel autre diplômé dans le monde.
J’en suis un exemple parfait, les gens s’étonnaient toujours quand je leur disais que j’ai étudié en Guinée.
Le véritable problème réside dans nos systèmes, qui échouent souvent à créer des passerelles permettant de valoriser et d’accélérer le développement de leurs compétences.
Ce débat n’est pas nouveau. Dans pratiquement toutes les universités africaines, chaque génération de diplômés a tendance à penser que celle qui la suit est moins bien préparée. Pourtant, lorsqu’on analyse la situation plus profondément, on constate une réalité importante : les jeunes d’aujourd’hui sont souvent plus intelligents, plus exposés et plus adaptables. Le véritable problème n’est pas l’absence de capacité, mais plutôt le manque d’opportunités de développement accéléré.
Quand j’étais étudiant, certains outils, concepts ou environnements professionnels internationaux étaient pratiquement inconnus de nombreux étudiants africains. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes diplômés guinéens savent préparer des Pitch Deck (présentations pour investisseurs), comprendre les écosystèmes entrepreneuriaux et utiliser des outils numériques modernes que les générations précédentes n’avaient jamais imaginés. La différence principale est l’exposition.
Cependant, contrairement à certaines périodes passées où les meilleurs étudiants trouvaient rapidement un emploi après l’université, de nombreux diplômés aujourd’hui peuvent passer plusieurs mois, voire plusieurs années, sans véritable opportunité professionnelle. Ce re**rd crée un déficit de développement. Le problème ne vient donc pas des étudiants ; il vient du système.
Il faut également reconnaître qu’aujourd’hui, beaucoup plus de personnes sont en concurrence pour un nombre limité d’opportunités. Dans les années 1980 ou 1990 en Guinée et dans plusieurs pays africains, peu de familles pouvaient envoyer leurs enfants à l’école secondaire ou à l’université. Le système sélectionnait déjà une élite très réduite. Aujourd’hui, l’accès à l’éducation s’est démocratisé, et beaucoup plus de jeunes peuvent poursuivre des études supérieures. Certains interprètent cette massification comme une baisse de qualité. Je ne partage pas cette analyse.
Le véritable problème n’est donc pas l’absence de talent. La Guinée et l’Afrique disposent d’un immense réservoir de compétences et de potentiel humain. Le problème est que trop peu d’organisations investissent réellement dans le développement des jeunes. Nos jeunes sont davantage victimes de systèmes faibles plutôt que d’une faiblesse de capacité.
Avec un meilleur accompagnement, davantage de mentorat et des opportunités adaptées, les diplômés africains peuvent concevoir, gérer et faire fonctionner des systèmes de classe mondiale.
Les compétences existent déjà. Ce qu’il faut maintenant, c’est un environnement capable de les révéler et de les valoriser.
Ismaël Tounkara
Consultant en stratégie