26/07/2026
🌍 L’ECO : bien plus qu’une réforme monétaire, un enjeu de géoéconomie régionale
L’annonce de la mise en circulation prochaine de l’ECO relance le débat sur l’avenir de l’intégration économique en Afrique de l’Ouest.
Si les discussions publiques se concentrent principalement sur les dimensions monétaires et institutionnelles de cette réforme, son analyse gagnerait à être élargie aux enjeux économiques, industriels et géoéconomiques qui lui sont associés.
L’ECO ne devrait pas être appréhendé uniquement comme une nouvelle monnaie. Son principal enjeu réside dans sa capacité à accompagner la transformation structurelle des économies ouest-africaines et à renforcer leur positionnement dans un environnement international marqué par la recomposition des rapports de puissance économique.
À cet égard, la théorie des Zones Monétaires Optimales, développée par Robert Mundell, Ronald McKinnon et Peter Kenen, rappelle qu'une union monétaire durable repose sur plusieurs conditions essentielles : la convergence macroéconomique, la mobilité des facteurs de production, l'intensité des échanges commerciaux, la diversification des structures productives et l'existence de mécanismes d'ajustement face aux chocs asymétriques.
Ces conditions demeurent aujourd'hui inégalement réunies au sein de l'espace ouest-africain. Toutefois, limiter l'analyse de l'ECO à cette seule lecture théorique serait insuffisant.
Le contexte économique mondial évolue rapidement. La compétition internationale s'organise désormais autour de grands espaces économiques intégrés, capables d'articuler politiques industrielles, infrastructures stratégiques, marchés financiers, innovation et chaînes de valeur régionales. Dans cette configuration, la monnaie n'est plus seulement un instrument de stabilité macroéconomique ; elle peut également contribuer à une stratégie de compétitivité et de souveraineté économique.
L'ECO peut ainsi constituer un levier de géoéconomie régionale, à condition de s'inscrire dans une stratégie cohérente d'intégration économique fondée sur le développement des infrastructures régionales, l'approfondissement du marché commun, la structuration de chaînes de valeur industrielles et agricoles, la coordination des politiques budgétaires, l'intégration des marchés financiers et le renforcement de la gouvernance économique régionale.
Dès lors, la question n'est peut-être plus de savoir si l'Afrique de l'Ouest est prête à partager une même monnaie. Elle consiste davantage à déterminer si cette monnaie s'inscrira dans une vision stratégique capable de renforcer la résilience économique, la compétitivité régionale et l'intégration de l'Afrique de l'Ouest dans les chaînes de valeur régionales et mondiales.
L'ECO ne constitue pas une finalité en soi. Son succès dépendra de la capacité des États à en faire un instrument au service de la transformation productive, de l'intégration économique et de la souveraineté régionale. C'est à cette condition qu'il pourra pleinement contribuer au développement durable de l'Afrique de l'Ouest.
Yaya KEITA
Economiste et analyste des politiques publiques