23/03/2026
On parle beaucoup de ceux qui nous blessent, de ceux qui disparaissent sans prévenir, de ceux qui mentent en regardant droit dans les yeux. Mais la trahison la plus sournoise, la plus dévastatrice, c'est celle qu'on s'inflige à soi-même. Celle qui ne fait pas de bruit. Celle qui arrive doucement, presque poliment, un compromis à la fois.
Tu as changé ta façon de parler pour qu'il te trouve plus intelligent. Tu as abandonné tes amis parce qu'elle les trouvait encombrants. Tu as ravalé tes opinions, étouffé tes rires, rétréci ton espace pour tenir dans le sien. Et tu appelais ça de l'amour. C'était de la capitulation.
Il y a quelque chose de profondément tragique dans l'idée de se effacer pour être aimé. Parce que la personne qu'on finit par offrir n'est plus vraiment soi. C'est une copie édulcorée, polie aux angles, vidée de sa substance. Et l'amour qu'on reçoit en retour — si tant est qu'on en reçoive — ne nous appartient pas vraiment. Il appartient au personnage qu'on a joué.
Le problème, c'est qu'on ne se rend pas compte. On croit faire des efforts. On croit être généreux. On confond la dévotion avec la dissolution. Mais il arrive un matin où on se regarde dans le miroir et on ne reconnaît plus la personne en face. Ce matin-là, on comprend qu'on a perdu quelque chose qu'aucune relation ne peut rembourser.
Se trahir soi-même pour plaire, c'est signer un contrat dont on ne lit jamais les clauses. Et quand la relation se termine — parce qu'elle se termine toujours — on se retrouve seul, non seulement sans l'autre, mais sans soi. C'est ça, la vraie solitude. Pas l'absence de l'autre. L'absence de soi-même.
© Francis Machabée
P.S.
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