08/31/2026
QUELS SONT LES PRODUITS VISÉS PAR LES DROITS DE DOUANE DU GOUVERNEMENT CANADIEN, POURQUOI ET QUELS SONT LES RÉSULTATS ATTENDUS ?
Dans le cadre de son bras de fer commercial, face aux États-Unis, le gouvernement canadien a élaboré une liste de plus de 700 produits frappés par des surtaxes (variant de 15 % à 50 %). Cette stratégie ne relève pas du hasard : elle est le fruit d'une analyse économique et politique minutieuse.
Voici une ventilation des produits ciblés, des raisons qui motivent ces choix et des résultats que le Canada espère obtenir.
1. Quels sont les produits visés ?
Les produits frappés par les tarifs canadiens se divisent en deux grandes catégories :
- La riposte symétrique (Industrie lourde) :
L'acier, l'aluminium et leurs produits dérivés (tôles, fils, tubes). Le but est de répondre coup sur coup aux tarifs américains imposés sur ces mêmes métaux canadiens.
- Les biens de consommation courante et l'agroalimentaire :
* Agroalimentaire : Ketchup, yogourt, fromage, café torréfié, mayonnaise, whisky (bourbon), jus d'orange.
*- Biens ménagers : Papier hygiénique, détergents, électroménagers (cuisinières, réfrigérateurs), matelas.
* Loisirs et véhicules : Bateaux de plaisance à moteur, motocyclettes, tondeuses à gazon, articles de sport, cartes à jouer, stylos à bille.
2. Pourquoi ces produits spécifiquement ? (La stratégie du ciblage)
Le gouvernement canadien sélectionne les produits selon deux critères très précis, souvent appelés la stratégie du « ciblage chirurgical » :
- Maximiser la pression politique aux États-Unis : Les produits choisis proviennent souvent d'États américains politiquement cruciaux ou de circonscriptions de législateurs influents. Par exemple :
* Taxer le bourbon vise directement le Kentucky, État d'élus républicains de premier plan au Sénat.
* Taxer le jus d'orange ou les bateaux de plaisance met la pression sur l'économie de la Floride.
* Taxer les motocyclettes (comme Harley-Davidson) ou le fromage vise des États du Midwest (Wisconsin, Pennsylvanie), des Swing States (États pivots) essentiels lors des élections présidentielles ou de mi-mandat.
- Minimiser la douleur pour les Canadiens (Substituabilité) : Ottawa tente de taxer des biens de consommation pour lesquels il existe d'excellentes alternatives locales ou internationales. Si le ketchup américain ou le papier hygiénique américain devient 50 % plus cher, le consommateur canadien peut facilement acheter du ketchup canadien ou du papier produit ici, ce qui stimule l'économie locale et évite une pénurie.
À l'inverse, le Canada évite de taxer des pièces industrielles hyper-spécialisées dont ses propres usines ont absolument besoin pour fonctionner.
3. Quels sont les résultats attendus ?
En appliquant ces droits de douane, le gouvernement canadien vise des objectifs à court et à long terme :
- Créer un lobby interne américain (Le but principal) : Le résultat souhaité n'est pas d'enrichir l'État canadien avec des taxes, mais de faire si mal aux entreprises américaines que celles-ci (les agriculteurs, les fabricants de bateaux, les aciéries) iront frapper à la porte de la Maison-Blanche ou de leurs sénateurs en exigeant la fin de la guerre commerciale. Le Canada sous-traite ainsi sa pression politique aux citoyens américains eux-mêmes.
- Forcer le retrait des tarifs américains : L'objectif ultime est le retour à la case départ (le libre-échange). Ces tarifs sont conçus comme une monnaie d'échange : le Canada promet de les lever à la seconde exacte où Washington retirera les siens.
- Protéger la souveraineté économique : Sur le plan géopolitique, démontrer que le Canada ripostera systématiquement « au dollar près » vise à dissuader l'administration américaine (et les futures administrations) d'utiliser les tarifs douaniers comme moyen de chantage facile à l'avenir.
- Le revers de la médaille : Le gouvernement s'attend aussi à un résultat collatéral négatif. Malgré les précautions (la substituabilité), ces mesures entraînent inévitablement une hausse de l'inflation pour certains biens de consommation au Canada et augmentent les coûts d'exploitation de plusieurs détaillants canadiens qui peinent à changer rapidement de fournisseurs.
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Sylvain Boisjoli
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