10/31/2025
Nul n’est trop vieux pour épargner
À l’approche de la retraite, bon nombre de personnes commencent à planifier leurs projets, comme la possibilité de voyager davantage, de fuir l’hiver dans un pays chaud ou encore de consacrer plus de temps à diverses activités récréatives, culturelles ou sportives.
C’est aussi une période cruciale pour renforcer son patrimoine, alors que les dix dernières années de la vie active au travail sont généralement les plus rémunératrices.
Cette période est d’autant plus importante pour les investisseurs qui auraient négligé d’épargner suffisamment pour la retraite avant d’avoir 55 ans.
« Si on est très loin des montants désirés pour la retraite, il n’y a pas de panique, mais pas non plus de temps à perdre. Il faut vraiment profiter de cette période de hauts revenus. C’est la dernière occasion de bonifier l’épargne-retraite ou même parfois de la bâtir à partir de zéro », souligne Andrée-Anne Paiement, conseillère en gestion de patrimoine et gestionnaire de portefeuille à la Financière Banque Nationale.
Urgence de passer à l’action
Il faut donc passer rapidement à l’action et profiter de ces dernières années lucratives pour mettre de l’argent de côté. Contrairement à ceux qui ont commencé à épargner à un plus jeune âge, le temps ne joue plus en faveur des personnes qui sont dans la cinquantaine.
« Pour une personne de 55 ans qui a par exemple un bon salaire annuel de 150 000 $, ça va être très difficile d’atteindre ses objectifs si ses habitudes de consommation n’ont jamais priorisé l’épargne. Elle devra développer la discipline d’y consacrer une grande partie de ses revenus », prévient André Lacasse, planificateur financier indépendant et conseiller en sécurité financière chez Services financiers Lacasse.
Combien d’argent aurai-je besoin ?
Avant de mettre en œuvre des stratégies pour maximiser son épargne, il importe de savoir combien d’argent il faudra épargner. Règle générale, pour conserver son niveau de vie à la retraite, il faut viser des revenus qui représentent entre 60 % et 80 % de son salaire.
Une autre règle indique qu’il faut avoir accumulé de huit à douze fois son revenu annuel brut en épargne. Une personne qui gagne 100 000 $ par année devrait donc compter sur un patrimoine variant de 800 000 $ à 1,2 million de dollars (M $).
Dans tous les cas, « il faut en arriver à estimer notre coût de vie à la retraite, pour savoir si on est toujours dans la bonne voie ou s’il nous manque des sommes pour pouvoir prendre notre retraite au moment souhaité », précise Andrée-Anne Paiement.
D’où l’importance également de faire un budget. « C’est un exercice qui peut sembler fastidieux, mais c’est important de le faire. On ne peut pas naviguer à vue sans avoir ces données de base », conseille Martin Boulianne, gestionnaire de portefeuille adjoint et conseiller en placement de la firme Patrimoine Richardson.
REER, CELI, CELIAPP
Les dernières années de la vie active sont une occasion, particulièrement si on est en rattrapage, de maximiser les cotisations dans des véhicules de placement enregistrés comme le REER, qui permet « non seulement d’épargner efficacement, mais aussi de réduire l’impôt à payer, ce qui n’est pas négligeable quand on a des revenus élevés », fait valoir Léa Saadé, vice-présidente régionale, Montréal et Rive-Sud, à IG Gestion de patrimoine.
En 2025, le plafond de cotisation au REER s’élèvera à 32 490 $, sans compter l’ajout possible de droits de cotisation inutilisés des années précédentes.
Le CELI est un autre véhicule intéressant, « mais sous-utilisé, alors qu’il permet pourtant d’accumuler de l’argent et d’investir à l’abri de l’impôt », rappelle Andrée-Anne Paiement, en ajoutant que la contribution au REER des conjoints, s’il y a une disparité des revenus, est une autre stratégie d’épargne à envisager.
Le CELI, dont le plafond annuel de cotisation s’élève à 7000 $ pour 2025, donne droit à des cotisations cumulatives totalisant 102 000 $ pour les personnes qui n’en ont jamais profité.
Le compte d’épargne libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété (CELIAPP) est une autre façon d’épargner à l’abri de l’impôt. « Une personne dans la cinquantaine qui souhaiterait acheter une première maison pourrait transférer de l’argent dans cet outil qui est très flexible », précise Léa Saddé.
Si elle décide finalement de rester locataire, elle peut transférer les sommes accumulées dans un REER, sans incidence sur ses droits de cotisation, ou éventuellement dans un FERR.
La stratégie des compartiments
Bon nombre d’experts préconisent la constitution d’un portefeuille compartimenté pour combler les besoins des investisseurs de 55 ans et plus à court, moyen et long terme. Cette stratégie consiste donc à segmenter le portefeuille selon les différentes stratégies de décaissement.
« À la limite, je pourrais avoir trois comptes distincts avec une stratégie de placement différente pour chaque échéancier. Ce n’est pas tout le portefeuille qu’on décaisse au début de la retraite », indique Julien Trudel-Clermont, planificateur financier à IG Gestion de patrimoine.
Andrée-Anne Paiement fait écho à ces propos. « Il faut avoir une portion du portefeuille qui est plus sécuritaire, pour atténuer l’incidence de la volatilité des marchés à court terme sur le portefeuille et ainsi couvrir les besoins en liquidité lors des deux premières années de la retraite. Une personne n’aura donc pas à décaisser des actifs au mauvais moment si une forte baisse des indices devait survenir », précise-t-elle, en suggérant de s’intéresser alors aux fonds du marché monétaire, aux obligations à court terme, aux CPG ou encore aux comptes d’épargne à intérêt élevé.
À moyen terme, un investisseur peut profiter de placements plus productifs, comme des actions à faible risque et à faible volatilité. À plus long terme, il peut viser une portion de portefeuille axée davantage sur la croissance.
André Lacasse donne l’exemple d’un investisseur qui aurait accumulé 500 000 $ dans son REER, en plus de bénéficier de prestations de retraite gouvernementales.
Cet individu « pourrait investir 20 000 $ dans des véhicules de placements plus sécuritaires qui lui permettraient de subvenir à ses besoins au tout début de la retraite, pendant 18 mois par exemple, souligne-t-il. Il lui resterait alors un montant de 480 000 $ qui pourrait rester investi dans des placements qui profiteraient du rebond éventuel des marchés boursiers. »